été 2020 : la crise touristique

Paris, ville fantôme ?

Malgré les aides de l’État, malgré l’allègement des mesures sanitaires, malgré une volonté des professionnels du tourisme de se remettre rapidement de la crise du Covid-19, beaucoup d’établissements hôteliers parisiens renoncent à ouvrir cet été. Tandis que de leur côté, les vacanciers tardent à réserver leur séjour à Paris. Les mois de juillet et août dans la capitale s’annoncent donc sous les pires auspices touristiques.

Expert dans le tourisme depuis plus de 20 ans, gérant d’une agence de communication spécialisée dans l’hôtellerie, la restauration et les Spas, à l’origine de l’automatisation du système de réservation de l’Office du Tourisme de Paris, je suis confronté au désarroi, voire au désespoir, de nombreux hôteliers parisiens. C’est ce qui m’incite aujourd’hui à partager mon éclairage sur la situation actuelle de la profession et à proposer quelques pistes à même de sortir le tourisme du marasme économique déclenché par la crise sanitaire.

Car c’est sur le terrain qu’on peut véritablement prendre la mesure de l’effet dévastateur de la crise que traverse le tourisme, l’hôtellerie notamment. L’un de mes clients, hôtelier dans le 2er arrondissement de Paris, s’est confié à moi récemment : « Nous avons bien reçu les aides de l’État, nous avons tenu compte des mesures sanitaires préconisées pour protéger autant nos clients que notre personnel, nous avons baissé nos tarifs… mais on est fin juin et nous n’avons aucune réservation pour cet été. Nous nous sommes donc résignés à fermer ». Même constat pour un autre gérant d’hôtel dans le 14e arrondissement : « Nous avons mis tout en œuvre pour rassurer nos potentiels visiteurs. D’ailleurs, nous avons eu une petite clientèle corporate en juin, mais nous n’avons aucune réservation pour les mois d’été. Nous allons donc être obligés de fermer ». Des témoignages que je retrouve dans les commentaires de la majorité des hôteliers.

Espoir et désillusion : Les réservations ne décollent pas
Le confinement a donné un véritable coup de massue économique à la profession, plongeant les hôteliers dans un désarroi qui ne cesse de grandir car la sortie de crise s’annonce, elle aussi, particulièrement difficile, notamment pour les hôteliers de la capitale car la province a quelque espoir de tirer son épingle du jeu. Pourtant, après le déconfinement, sans être passés au vert, tous les voyants étaient au moins à l’orange pour accueillir les visiteurs. Les aides de l’État avaient permis à certains de limiter la casse financière, provisoirement au moins, et les préconisations sanitaires avaient été allégées. Tous les hôteliers étaient donc dans les starting-blocks pour tenter de se relever de ces mois d’inactivité.

Emboîtant le pas à ces nouvelles dispositions, les responsables d’établissement ont donc redoublé d’efforts pour tenter de sauver la saison, en soignant leurs prestations, en communiquant sur le respect des normes d’hygiène, en ajustant leurs prix… En vain. Les réservations ne décollent toujours pas. Les Français, dont on sait qu’ils vont partir en vacances majoritairement en France, ne semblent pas attirés par la capitale. L’après-confinement reste donc source de toutes les inquiétudes pour les hôteliers parisiens.

Le stationnement gratuit, pour booster le tourisme
Alors comment expliquer ce redémarrage compliqué ? Et pourquoi ce désintérêt des juilletistes et aoûtiens pour Paris ?
La peur du Covid, l’inquiétude de se retrouver dans une capitale qui a été durement touchée par la pandémie, ne sont pas les seules explications. D’autres critères entrent en jeu quant à la décision des touristes de déserter Paris, et parmi eux : le stationnement payant. C’est un non-sens de faire payer le stationnement à Paris pendant les mois d’été. D’autant plus cette année où l’on attend une majorité de Français. En effet, les familles voulant venir à Paris envisagent souvent de prendre leur voiture, le train étant souvent jugé trop cher pour une famille entière. Leur faire payer une fortune pour quelques jours de stationnement est une décision parfaite… pour les dissuader de se rendre dans la capitale.
Opter pour un stationnement gratuit en juillet et août est l’une des pistes qui mériteraient d’être étudiées. Car ouvrir les musées, les cinémas, les hôtels, les boutiques, permettre aux restaurateurs d’organiser des terrasses éphémères… c’est bien, mais s’il n’y a personne pour visiter et consommer, c’est un coup d’épée dans l’eau. C’est là que la mairie de Paris a un rôle prépondérant à jouer, sous peine de voir la capitale devenir une ville fantôme cet été.

Une véritable stratégie… et un ministère !
Mais le stationnement payant n’est pas seul en cause. Le tourisme français a besoin d’une véritable stratégie, avec la création d’un grand ministère du Tourisme. La France est la première destination touristique au monde avec près de 90 millions de visiteurs étrangers. Le tourisme dans notre pays c’est 8 à 10% du PIB et plus d’un million d’emplois ! Une telle économie ne peut se passer d’un ministère. Je plaide depuis plusieurs années pour sa création qui permettrait de développer le tourisme en France. Je rejoins en ce sens les professionnels du secteur qui viennent de saisir le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne pour lui demander le retour d’un ministère du Tourisme (Le Figaro, 16/06/20).

Ce nouveau département pourrait faire aboutir des dossiers essentiels pour le tourisme national, comme celui de la mainmise des OTA sur les réservations. Il est quand même anormal que des Français voulant passer des vacances en France réservent par le biais d’une agence de voyage en ligne étrangère ! (Booking.com par exemple). Au regard de cette hérésie, il serait judicieux par exemple un retour des Offices de Tourisme à leur vocation première : la gestion des réservations des hôtels. Les établissements y gagneraient, tout comme les clients.

Depuis de nombreuses années, et aujourd’hui plus que jamais, la croissance française est au cœur des préoccupations. Et le tourisme, qui pourrait jouer un rôle majeur dans l’essor de cette croissance semble avoir été de tout temps le grand oublié de projets gouvernementaux de modernisation. Depuis de nombreuses années aussi, je pousse la porte des ministères pour évoquer les multiples actions qui pourraient être mises en place au sein de la sphère touristique, en vain.

Toutefois, avec les événements liés au Covid, certaines portes se sont ouvertes, comme en témoigne mon récent entretien avec l’assistante du secrétaire d’État au numérique Cédric O, dont l’issue me permet désormais, grâce à de nouveaux contacts, de diffuser plus amplement mes recommandations.

Depuis 20 ans, j’exerce avec passion ce métier en lien avec l’hôtellerie dont je connais tous les rouages, qu’il s’agisse du processus d’achat du consommateur, de l’organisation des fournisseurs (hôteliers) comme de la mise en place technique d’une telle stratégie citée ci-dessus.

Je me tiens à votre entière disposition pour échanger ensemble.

Olivier Joigne

CEO chez Agence Clic Gauche